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Le 18 novembre et le 9 décembre prochains, Communagir donnera pour la première fois sa nouvelle formation sur les dynamiques de pouvoir en développement des collectivités territoriales. Je reviens sur son processus de cocréation avec Agnès Barthélémy, Violaine Guérin et Martin Jubinville, conseillères et conseiller en développement collectif.

Quand et comment a germé l’idée de créer une formation sur les dynamiques de pouvoir en développement des collectivités territoriales?

Martin Jubinville : Lorsqu’on a revu les fonctions de l'accompagnement critique en 2023-2024, on a ajouté une fonction en lien avec le questionnement des rapports de pouvoir. À ce moment-là, je me souviens d’avoir partagé à l’équipe Accompagnement que je ne me sentais pas outillé pour aborder ce sujet. Par la suite, on a donc suivi une formation avec Maude Chalvin puis choisi d’explorer la thématique des rapports de pouvoir dans le cadre des protéquipes1.

Violaine Guérin : L'idée de créer une formation a émergé au fil de nos discussions au sein de la protéquipe. En parallèle, on constatait que la question des rapports de pouvoir prenait de plus en plus de place dans nos accompagnements et que les polarisations, ou en tout cas les situations de tension, devenaient plus perceptibles au sein des collectifs. Des rapports de force pouvaient parfois s'installer et l'équipe Accompagnement a ressenti le besoin de s'outiller pour pouvoir faire face à ces situations et accompagner les collectifs le plus adéquatement possible.

Créer une formation nous semblait la voie de passage à privilégier pour rejoindre les personnes qui vivent ce genre de situation, mais qui ne nous interpellent pas forcément pour les accompagner. Sans compter que la formation demeure notre stratégie de prédilection pour partager nos réflexions et nos expérimentations. 

Agnès Barthélémy : J’ajouterais qu’il y a eu un moment, quand on travaillait en protéquipe, où on s’est questionné sur notre « héritage » : on voulait honorer ce temps d’exploration et en garder des traces. Le format de la formation nous semblait cohérent, car on allait pouvoir regrouper nos apprentissages et les partager à l’externe. On savait qu’ils nourriraient notre posture et nos accompagnements, mais on voulait qu’ils aient une plus grande portée. 

 

1 Pendant six mois, la démarche des protéquipes (une contraction de « prototypage » et « équipe ») a permis aux équipes de Communagir et de l’Opération veille et soutien stratégique (OVSS) d’expérimenter en sous-groupe des processus de mobilisation collective des connaissances en lien avec cinq thématiques, dont les rapports de pouvoir. 

Quelles étaient vos intentions initiales?

Martin : De prime abord, les personnes qui nous sollicitent pour des accompagnements nous demandent rarement d’aborder les rapports de pouvoir. Je pense que c’est un sujet qui fait peur, et c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la formation est prévue en présentiel. Cela nous offre une nouvelle porte d’entrée pour aborder les rapports de pouvoir autrement et outiller les territoires. 

Agnès : À plusieurs reprises, on a pensé que les demandes de révision de gouvernance pouvaient être des demandes maquillées de gestion ou d’atténuation de tensions liées aux rapports de pouvoir. Cela nous semblait donc nécessaire d’offrir une formation spécifique sur ce sujet parce que notre formation sur la gouvernance n’aborde que brièvement la nécessité de répartir adéquatement le pouvoir. On n’y parle pas non plus spécifiquement de la gestion des tensions.

On a aussi constaté une augmentation des demandes de formation sur mesure en lien avec la gestion des personnalités difficiles et des tensions au sein des équipes. Bien que ce ne soit jamais explicitement nommé, c’est très lié aux rapports de pouvoir. Dans le cadre de la formation, on aura la possibilité d’explorer beaucoup plus en profondeur des éléments qu’on intègre de manière isolée dans nos accompagnements.

Parler de pouvoir implique de parler au JE. Les collectifs attachent beaucoup d’importance au NOUS, mais on a aussi besoin de considérer le JE dans le NOUS pour faire de l’action collective. Il y a une voie de passage à trouver pour être capable de vivre soi-même les rapports de pouvoir existants tout en accompagnant le collectif à composer avec eux.

Violaine : On aimerait amener les personnes qui participeront à la formation à changer de paradigme pour qu’elles et ils puissent penser et utiliser le pouvoir différemment. C’est directement lié au renforcement du pouvoir d’agir et à la mission de Communagir

Comment s’est déroulé le processus de cocréation?

Agnès : De manière très organique et dans le plaisir. 

Martin : À un moment donné, Violaine a fait remarquer qu’on avait assez de matériel pour créer une formation. On l’a donc regroupé et réorganisé chacun·e de notre côté, puis on l’a exploré ensemble en tentant de trouver un fil conducteur. Il a émergé naturellement donc cela a été plutôt facile.

Certaines connaissances intégrées dans la formation sont directement reliées au travail de Katherine Ruault à l’Opération veille et soutien stratégique (OVSS), car le thème de la décolonisation est proche de celui des rapports de pouvoir. D’autres éléments ont aussi été expérimentés dans le cadre de mandats et en équipe.

Agnès : Effectivement. Durant les six mois qu’a duré l’expérimentation des protéquipes, on a testé plusieurs outils et progressivement ajouté des éléments en lien avec les rapports de pouvoir dans nos formations. On a aussi intégré Katherine tout au long du processus de cocréation de la formation, car elle apportait un autre regard, qui nous obligeait à aller plus loin dans nos réflexions… Ses contributions nous ont vraiment permis de bonifier le contenu.

Combien de temps a duré le processus?

Martin : Environ une année s’est écoulée entre le moment où on a décidé de transformer le matériel en formation et le moment où on l’a finalisée. Cela ne nous a pas occupé à temps plein, mais on s’est tout de même rencontré·es régulièrement pour croiser nos perspectives, échanger et débattre.

Cette formation est vraiment un mélange de nos quatre cerveaux, voire plus puisque d’autres personnes de l’équipe avaient déjà réfléchi et partagé des éléments en lien avec les rapports de pouvoir avant nous. 

Y a-t-il des modalités auxquelles vous teniez particulièrement pour offrir cette formation?

Agnès : Trois choses me viennent en tête. La première, c’est qu’elle ait lieu en présentiel : c’est un sujet délicat donc on voulait laisser de la place aux ressentis individuels et collectifs. La deuxième, c’est qu’on ne voulait pas que la formation dure seulement trois heures. Quitte à demander aux gens de se déplacer, on souhaitait avoir le temps d’explorer le sujet plus en profondeur.

La troisième modalité à laquelle on tenait, c’était de s’offrir un temps de décantation et d’expérimentation suite à la première journée de formation. On voulait que la deuxième journée soit consacrée à des conversations sur les pratiques pour vraiment nous permettre d’outiller les personnes participantes.

Violaine : À l’heure actuelle, le contenu de la deuxième journée n’est pas encore construit, car il dépendra de la manière dont se déroulera la première journée. Quels nœuds va-t-on rencontrer? Quels points n’aura-t-on pas réussi à traiter par manque de temps ou parce que certaines choses ont émergé? On souhaite vraiment que cette formation laisse de la place à ce qui pourrait émerger. Ça implique qu’on sera encore en processus de création, même après avoir donné la première journée de formation.

Étant donné qu’on cocrée la formation depuis le début, c’était aussi important pour nous de la donner ensemble pour vivre l’expérience jusqu’au bout. C’est une façon de nous l’approprier pour ensuite pouvoir l’offrir dans le cadre de nos accompagnements ou de formations sur mesure.

Martin : Je me permets d’ajouter qu’on sera trois parce que les rapports de pouvoir sont un sujet sensible et que si quelque chose émerge, on sera capables d’intervenir tout en continuant à donner la formation. 

Enfin, il y a aussi la question des rapports de pouvoir entre nous : tout au long du processus, on a accordé un soin particulier à la répartition des rôles et du temps de parole. Par exemple, on ne voulait pas qu’une personne soit exclusivement associée à des contenus théoriques ou des exercices pratiques. 

Agnès : En ce qui me concerne, c’était la première fois que je faisais une répartition de la parole des personnes formatrices basée sur une forme de reconnaissance de nos qualités et de nos compétences respectives. Grâce à toutes les considérations et au climat de sécurité qui ont découlé du travail de la protéquipe et du processus de cocréation, cela n’a pas été une conversation maladroite ou désagréable. 

Violaine : C'est vrai que le fait d’avoir participé à la protéquipe Rapports de pouvoir s’est traduit par une volonté d’alléger l’atmosphère ou la charge du sujet dont on discutait. On a vraiment fait attention à ne pas laisser émerger ce qui pourrait ressembler à des rapports de pouvoir entre nous, ce qui a influencé notre façon de travailler ensemble et transparaît dans nos interactions quotidiennes, à l’interne comme dans nos accompagnements.

Selon quelle logique avez-vous organisé les contenus? Pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de la formation?

Violaine : Pour commencer, on souhaite prendre un moment pour admettre que les rapports de pouvoir sont omniprésents dans notre vie et qu’il est important d’apprendre à vivre avec. Ensuite, on propose une prise de recul plus personnelle pour reconnaître les pouvoirs dont on dispose individuellement et identifier comment on pourrait les mettre à profit dans nos démarches collectives. C’est notre fil conducteur.

Agnès : Il y a quelque chose de l’ordre du passage de l’individu au collectif. Comment repère-t-on les rapports de pouvoir dans une démarche collective? Comment les décrypter puis les accompagner?

C’est irréaliste de penser que les rapports de pouvoir peuvent disparaître. On cherche donc davantage à comprendre comment composer avec leur présence et s’en servir pour soutenir l’action collective. On ne prétend pas être des expert·es, mais on souhaite ouvrir cette conversation-là avec les participant·es à la formation.

Élodie : C’est très clair. Merci à tous les trois pour votre temps et cet échange généreux. J’ai bien hâte d’entendre vos rétroactions et de recueillir celles des participant·es suite à cette première expérience!

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