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Comment renforcer l’influence des citoyennes et citoyens auprès des acteurs régionaux? Comment faire en sorte que leur voix et leur analyse soient entendues, prises en compte et puissent contribuer concrètement à l’amélioration des stratégies, programmes et projets qui les concernent directement?

C’est autour de ces questions que le Cercle de participation citoyenne du Collectif pour l’inclusion et le développement social de la Capitale-Nationale (Collectif IDS-CN) a développé un guide pratique destiné principalement aux acteurs régionaux. Plutôt que de proposer un modèle idéal parfois difficile à atteindre, l’outil invite les organisations et les institutions à progresser à leur rythme, en tenant compte de leur réalité propre, sans perdre de vue les enjeux de fond et de sens. Il reconnaît que les organisations et les communautés locales de la région de la Capitale-Nationale disposent de ressources, de capacités et de cultures de participation citoyenne variables, tout en offrant des repères concrets pour renforcer progressivement leurs pratiques de participation citoyenne. 

Dans cet entretien, Mylène Bédard, conseillère en développement social au Collectif IDS-CN, revient sur les défis propres à la participation citoyenne à l’échelle régionale, sur la démarche qui a mené à la création du guide et sur les principaux apprentissages qui en émergent.

L'entrevue

Émilie Dufour : Ça veut dire quoi, avoir le mandat de favoriser la participation citoyenne à l'échelle régionale?

 

Mylène Bédard : La participation citoyenne à l’échelle régionale ne va pas de soi. Même lorsque l’on est convaincu de l’importance et de la pertinence de penser, décider et agir AVEC¹ les citoyennes et citoyens pour améliorer les orientations régionales, le « comment » soulève plusieurs défis.

La particularité d’un tel mandat à l’échelle régionale, c’est que nous sommes peu en relation directe avec les citoyen·nes. Nous devons surtout travailler avec les organisations et les réseaux locaux qui entretiennent des liens de proximité avec les communautés et qui sont convaincus de la nécessité de multiplier les occasions pour que les citoyen·nes puissent faire entendre leur voix auprès des acteurs régionaux afin de contribuer aux réflexions, aux orientations et aux décisions qui les concernent.

Dès le départ, l’intention était de coconstruire une démarche ensemble : acteurs régionaux, acteurs locaux et citoyen·nes.

 

Émilie : Comment est née l’idée du guide pratique?

 

Mylène : Quand je suis arrivée au Collectif IDS-CN, il existait déjà un Cercle de participation citoyenne réunissant des citoyen·nes et des ressources professionnelles provenant de différents réseaux convaincu·es de l’importance et du potentiel de la participation citoyenne à l’échelle régionale.

À l’époque, la participation citoyenne était surtout associée à la présence de citoyen·nes dans des comités ou des instances de concertation. Nous observions toutefois que le passage de l’intention à la pratique demeurait un défi dans plusieurs milieux. Mieux comprendre les obstacles à l’intégration de la voix et de l’analyse citoyenne dans les espaces décisionnels est alors devenu une priorité. Si nous voulions réellement progresser vers cet idéal, nous devions nous donner les moyens d’y parvenir.

Avec l'appui de Communagir, qui a animé un groupe de discussion avec des partenaires du Collectif IDS-CN sur ce thème, on a étudié les obstacles qui limitent une participation pleine et entière. Du côté des partenaires, les freins étaient très concrets : manque de capacité, de temps, de compétences, de ressources organisationnelles. Les guides et les bonnes pratiques donnaient l’impression qu’il fallait que tout soit parfait, et ça bloquait les gens dans leur progression. Du côté des citoyen·nes, les défis concernaient notamment les déplacements, la compréhension des enjeux et le sentiment que les espaces régionaux proposés étaient souvent éloignés de leurs préoccupations.

C'est de là qu'est née l'idée du guide pratique : un outil simple et concret qui propose différentes façons de favoriser la participation citoyenne, selon les capacités des organisations et des communautés territoriales et le niveau d'engagement souhaité.

 

Émilie : En quoi consiste le guide? Qu’est-ce qu’on y retrouve?

 

Mylène : Le guide rappelle d’abord que la participation citoyenne n’est pas une solution universelle. Elle doit être réfléchie et surtout, elle doit être porteuse de sens. Avant d’inviter des citoyen·nes à participer, il faut se demander pourquoi on souhaite le faire et être ouvert·es à déconstruire et construire ensemble.

Le guide invite donc à clarifier l’intention poursuivie avant de réfléchir au chemin pour s’y rendre. Selon l’intention visée, il présente les principaux obstacles qui peuvent se manifester, des pistes pour les surmonter ainsi que les conditions gagnantes à mettre en place.

Dans un monde idéal, toutes ces conditions seraient réunies. Nous serions alors dans l’AVEC pur! Plusieurs conditions de réussite concernent l’accessibilité, sous différentes formes. L’objectif n’est toutefois pas d’attendre que tout soit parfait avant d’agir, mais plutôt de tendre progressivement vers cet idéal. Les citoyen·nes du Cercle de participation citoyenne nous ont d’ailleurs aidé·es à déconstruire cette idée qu’il faut que tout soit en place avant de se lancer.

Le cœur du guide repose sur 14 clés de participation. Chacune propose une façon concrète de progresser. On y présente l’intention derrière la clé, les contextes où elle est pertinente, ceux où elle l’est moins, les conditions favorables à sa mise en œuvre ainsi que des exemples concrets de pratiques inclusives.

 

Émilie : Qu’est-ce qui distingue ce guide des autres outils?

 

Mylène : Il existe déjà de nombreux outils en participation citoyenne. Ce qui me dérange dans plusieurs d’entre eux, c’est qu’ils peuvent donner l’impression qu’il faut tout mettre en place parfaitement dès le départ. Ces outils tiennent souvent peu compte du fait que les organisations et les communautés territoriales ne partent pas toutes du même point en matière de ressources, de capacités et de culture de participation. Devant l’ampleur de la tâche, certaines organisations peuvent se sentir dépassées et finir par ne rien changer à leurs pratiques. Le risque est alors de voir les milieux déjà les mieux outillés continuer de progresser, tandis que ceux qui disposent de moins de ressources ou d’expérience peinent à amorcer le changement.

Ce guide propose plutôt une approche progressive. Il invite les organisations à avancer un pas à la fois en fonction de leur réalité organisationnelle et territoriale, de leurs capacités et des ressources dont elles disposent. L’idée n’est pas de viser la perfection, mais de commencer, d’expérimenter, de tirer des apprentissages et de s’améliorer en chemin.

Une autre distinction importante de ce guide est qu’il présente la participation citoyenne comme une responsabilité partagée. Lorsqu’une organisation ou une démarche considère que le soutien à la participation citoyenne relève d’un seul poste ou comité, sa portée demeure souvent limitée. Bien sûr, il peut être pertinent qu’une personne assure un rôle de coordination ou de leadership transversal. Toutefois, pour que la culture de la participation citoyenne prenne véritablement racine, l’ensemble des membres de l’organisation ou de la démarche doit se sentir concerné. Chaque personne est alors invitée à réfléchir à la façon de rendre ses pratiques plus inclusives et à contribuer, à son échelle, à créer des occasions de participation. Cette mobilisation élargie permet de démultiplier les occasions de participation et favorise une mise à l’échelle progressive des pratiques au sein de l’organisation ou de la démarche collective.

Cette vision favorise un changement de culture organisationnelle à différentes échelles. La question n’est plus seulement de savoir qui est responsable de la participation citoyenne, mais comment l’organisation, dans son ensemble, peut créer les conditions qui la rendent possible et significative. Avec le temps, cette réflexion peut se traduire par des pratiques, des politiques et des façons de faire plus cohérentes et mieux intégrées.

Encore une fois, l’objectif n’est pas de tout transformer d’un coup, mais d’avancer progressivement en construisant sur ce qui existe déjà et en renforçant, pas à pas, la place accordée à la participation citoyenne. On cherche alors à favoriser le développement du pouvoir d’agir individuel, organisationnel et collectif.

 

Émilie : Comment le guide est-il utilisé actuellement au sein du Collectif IDS-CN?

 

Mylène : Les chantiers du Collectif IDS-CN se sont d’abord demandé quelles clés ils souhaitaient mettre en pratique dans la prochaine année. On utilise le guide dans la réalisation de nos activités, par exemple dans la préparation du Rendez-vous de la solidarité. On a identifié des clés qu’on voulait mettre en pratique dans le cadre de cet événement. On a aussi utilisé le guide lors d’un événement du Chantier se Loger, en demandant aux personnes participantes si elles pensaient venir accompagnées de citoyen·nes.
Dans le cadre d'un appel d'initiative tenu au printemps 2026 par le Collectif IDS-CN et la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), des questions portant sur la participation citoyenne ont été intégrées au processus de demande de financement. Les organisations étaient invitées à réfléchir à la place qu’elles souhaitaient lui accorder dans leur projet et à identifier des pistes d’action adaptées à leur contexte et capacités. Près de 75 organisations de la région de la Capitale-Nationale ont été invitées à se questionner sur leurs pratiques de participation citoyenne et à préciser comment elles envisageaient de l'intégrer à leur projet en se référant au guide.

 

Émilie : Selon toi, est-ce que le guide contribue à faire évoluer les pratiques?

Mylène : Un guide peut inspirer, outiller et ouvrir des possibilités, mais il doit être accompagné de formations, d’espaces d’échange et de personnes qui croient à la portée de ces pratiques dans leur organisation et au-delà. Le changement se produit lorsqu’il est soutenu à la fois par des orientations institutionnelles et par l’engagement des personnes et acteur·rices sur le terrain.
Cela dit, la portée du guide a déjà dépassé notre territoire. Plusieurs organisations nous ont contacté·es après l’avoir découvert et il a nourri des réflexions dans différents milieux, jusqu’à l’échelle nationale. Pour moi, c’est un signe qu’il répond à des besoins partagés et qu’il peut effectivement contribuer à faire évoluer les pratiques un pas à la fois.
Nous contribuons actuellement à une réflexion visant à créer un espace d’échange provincial sur la participation citoyenne. Nous constatons que les mêmes questions et les mêmes défis émergent dans plusieurs régions. L’idée serait donc de favoriser le partage d’expériences et d’outils.
De plus, afin de documenter les effets du guide dans la Capitale-Nationale, nous nous sommes associé·es à l’équipe de recherche Vitam². En ce moment, nous consultons des organisations et des intervenant·es de la région pour savoir si elles et ils connaissent le guide et l’ont lu, comment il est utilisé et quelles clés sont mobilisées. Nous souhaitons également, dans un second temps, donner la parole à des citoyen·nes afin de mettre en dialogue leur expérience de la participation citoyenne avec les repères et les clés proposés dans le guide.

Émilie : Construire AVEC, plutôt que pour…

 

Mylène : Le guide est un outil pour accompagner les changements de pratique : avancer un pas à la fois, reconnaître les capacités variables des organisations et créer progressivement les conditions qui permettent à la participation citoyenne de prendre racine et de transformer durablement les façons de travailler ensemble.
Il met de l’avant l’importance des échanges transparents, authentiques et respectueux entre citoyen·nes et professionnel·les. Lorsque ces espaces de rencontre existent et qu’on en prend soin, les citoyen·nes apportent non seulement leur point de vue, mais aussi une compréhension nuancée des réalités et des contraintes des organisations. Ça permet d’atténuer certaines appréhensions et de voir se révéler des ajustements plus justes. Cette rencontre entre les deux mondes a profondément enrichi le guide, confirmant l'importance de reconnaître les citoyen·nes comme des partenaires à part entière, qui portent une expertise de vécu essentielle.

 

¹ L’approche AVEC trouve notamment son ancrage au Québec dans les travaux du Collectif pour un Québec sans pauvreté, qui a mené une vaste mobilisation ayant contribué à l’adoption de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale (Loi 112) en 2002. Celle-ci reconnaît l’importance de la participation des personnes en situation de pauvreté aux décisions et aux actions qui les concernent.

²Le Centre de recherche en santé durable VITAM est un centre de recherche affilié au CIUSSS de la Capitale-Nationale et à l’Université Laval. Sa mission est de développer et de mobiliser des connaissances pour améliorer la santé durable des populations par des approches participatives, intersectorielles et socialement responsables.

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