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Récit d’une immersion au coeur de The Art of Hosting and Harvesting (L’art d’accueillir et de récolter)

Il est rare de vivre des expériences où la forme et le fond ne font qu'un. C’est pourtant la promesse tenue par la formation The Art of Hosting and Harvesting, que j’ai eue le privilège de vivre en mai 2026, à Montréal. À La Toundra, le Pavillon canadien de l’Expo 67 au cœur du circuit Gilles-Villeneuve, lieu de vitesse s’il en est, j’ai choisi de me joindre à 60 autres personnes et de ralentir pour me mettre à l’écoute du vivant.

Voici le carnet de bord de ma traversée, entre transformation systémique et poésie de la récolte.

L'ancrage : Quand le contenant devient contenu

Dès les premières minutes, The Art of Hosting s'affirme non pas comme une formation que l'on « suit », mais comme un espace que l'on « habite ». Le ton est donné par l'esthétique et le soin : ici, on fabrique sa propre cocarde, on écrit son intention sur des papiers ensemencés ou en forme de graines et le programme de la formation s’affiche au mur sous une triade inspirante : la terre ou le terreau (Ground), le vent (Wind) et le ciel (Sky).

L'installation en cercle, centrée sur un tapis d'objets symboliques, n’est pas qu’une disposition spatiale. C’est une déclaration d’intention. En supprimant les tables et les écrans, on supprime les barrières. On passe d’un mode de consommation de l'information à un mode de présence radicale. J’ai eu le sentiment que ces différents ancrages permettaient de « poser » le groupe et de créer instantanément une communauté de pratique.

L'installation en cercle, centrée sur un tapis d'objets symboliques, n’est pas qu’une disposition spatiale. C’est une déclaration d’intention. En supprimant les tables et les écrans, on supprime les barrières. On passe d’un mode de consommation de l'information à un mode de présence radicale. J’ai eu le sentiment que ces différents ancrages permettaient de « poser » le groupe et de créer instantanément une communauté de pratique.

Naviguer dans l’inconfort : le diamant et le chaos

L’un des piliers de cette approche est le diamant de la participation. Il nous rappelle que pour arriver à un résultat réellement innovant, il faut accepter de traverser la « zone d’émergence », cet espace d’inconfort et de flou où les idées divergent avant de converger.

Cette navigation demande un leadership particulier, que l'on qualifie de chaordique. Entre le besoin d'ordre (gestion, contrôle) et le chaos (mouvement destructeur), il existe un point d’équilibre où le leadership participatif prend tout son sens. C’est là, dans cette tension créatrice, que le groupe devient capable de transformer le système plutôt que de simplement le gérer.

Le double regard : s'ancrer dans la perspective autochtone

Un fil conducteur a marqué mon immersion, à savoir les reconnaissances territoriales. Loin d’être un simple préambule formel, ces moments, répétés chaque jour, ont été cruciaux pour ancrer la présence de chaque personne participante. La variété des reconnaissances territoriales, aussi bien au niveau du fond que de la forme (je me souviendrais longtemps de l’odeur de la sapinette diffusée ce matin de mai!), m’a permis d’enrichir ma perspective sur cette pratique.

J’ai également eu la chance de vivre un coaching collectif dédié à cette pratique, qui nous a permis de dépasser le traditionnel script de reconnaissance territoriale pour habiter pleinement l’intention : et si l’on parlait avec notre cœur? Et si on se reconnectait au vivant, au territoire? Ce sont de sérieuses pistes de réflexion qui me donnent le goût d’expérimenter cette pratique dans mes accompagnements.

Ces moments de reconnaissance des savoirs autochtones se sont naturellement prolongés dans la pratique du cercle de dialogue. Plus qu'une technique de communication, le cercle est une reconnaissance profonde de la souveraineté des savoirs. En nous asseyant sans table ni hiérarchie, nous avons honoré une structure millénaire qui permet à chaque personne d'aller à son propre rythme. 

Cette invitation au double regard, aux cercles de paroles et au coaching sur nos postures a constitué un acte de décolonisation de nos espaces de travail, redonnant au territoire et aux relations leur juste place dans le processus de décision collective.

Cela a trouvé une résonance particulière en moi étant donné le chemin de réflexion autour de la perspective décolonial dans lequel Communagir s’est engagé depuis quelque temps.

relfexion
La récolte : donner du corps à l’invisible

Dans The Art of Hosting, « récolter » n'est pas une tâche administrative de fin de réunion : c'est une pratique de storytelling continu. Nous avons ainsi exploré la matrice de la récolte, apprenant que le sens se construit autant par le mot que par le corps.

Pendant ces trois jours, j’ai découvert que la récolte pouvait prendre des formes plurielles : modélisation 3D, poésie, écriture créative ou encore mouvement 4D. Récolter devient ainsi un moyen de s'assurer que l'énergie déployée collectivement ne s'évapore pas, mais s'incarne dans un objet, une trace ou un récit capable de nourrir le système après la fin d’une rencontre ou d’un accompagnement. 

Cette récolte se planifie d’ailleurs dès le départ, comme nous l’avons vu dans la matrice Design for Wiser Harvest : on ne récolte pas ce qui reste à la fin, on conçoit l’ensemble du  processus en fonction de ce que l’on souhaite voir germer. Un vrai changement de paradigme!

Ce que je ramène avec moi

Au-delà des cadres théoriques (re)découverts, ce qui me reste, ce sont des postures et des gestes concrets :

  • Le soin de l'espace, soit l'importance de la beauté et du matériel physique (supports papier, consignes soignées) pour inviter à la qualité d'échange.
  • Les 4 pétales de AOH : on ne peut accueillir les autres (Host Others) que si l'on sait s'accueillir soi-même (Host Yourself) et être accueilli·e (Be Hosted).
  • La pratique du cercle comme reconnaissance des savoirs, notamment en s’inspirant des traditions autochtones, pour redonner à chacun·e son rythme et sa juste place.

Ainsi, The Art of Hosting nous rappelle que pour transformer un système, il faut d'abord savoir se connecter au vivant. À l’issue de ces trois journées de formation, je n'emporte pas seulement avec moi des outils de facilitation, mais aussi une conviction profonde : la qualité de ce que nous créons ensemble dépend entièrement de la qualité de la présence que nous offrons à l'espace.

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