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L’approche AVEC pour accueillir et traverser les chocs culturels entre les conceptions de la participation citoyenne dans nos communautés territoriales

Le 18 mars dernier, j’ai été panéliste lors du webinaire organisé par Vivre en Ville, une organisation qui accompagne les milieux de vie dans leur intention à devenir plus durables, équitables et à échelle humaine.

Le webinaire

Le webinaire portait sur la valeur des savoirs expérientiels des personnes citoyennes, reconnaissant leur capacité à éclairer les réalités vécues et les solutions à construire collectivement. Il visait aussi à outiller les participant·es pour mieux soutenir l’implication des personnes en situation de vulnérabilité dans les démarches collectives. L’événement s’inscrivait dans la mesure 3.1.1.3 du Plan d’action gouvernemental visant la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, favorisant l’émergence d’actions structurantes dans les milieux de vie — habitation, mobilité, accès aux ressources de proximité — afin d’améliorer durablement les conditions de vie.

Avec près de 300 participant·es, l’événement confirme un intérêt marqué pour la participation citoyenne inclusive, aux différentes échelles. Il a réuni des acteur·rices engagé·es dans des démarches collectives souvent complexes, portées par une volonté commune de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en s'ancrant dans les réalités vécues. On y retrouvait notamment des participant·es aux démarches régionales des Alliances pour la solidarité et l’inclusion sociale, des gens du communautaire, des acteurs institutionnels, ainsi que des élu·es et professionnel·les du monde municipal œuvrant en urbanisme, habitation, mobilité ou participation publique, etc.

La structure du panel reposait sur une complémentarité intentionnelle. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté a posé les bases de l’approche AVEC, en insistant sur l’importance de travailler avec les personnes directement concernées et de reconnaître la légitimité de leurs savoirs. L'approche AVEC vise à réduire les inégalités de pouvoir et à renforcer la justice sociale en pensant, agissant et décidant AVEC les premières personnes concernées. L’Engrenage Saint-Roch a ensuite illustré concrètement cette approche à l’échelle d’un quartier urbain à très forte densité. Son expérience en développement des communautés met en évidence l’importance de dédier des ressources humaines qualifiées, en quantité suffisante, à l’accompagnement AVEC dans les milieux et les projets du quartier.

Progresser vers l’AVEC même sans les conditions optimales

Dans mon intervention, j’ai cherché à susciter l’intérêt et le passage à l’action dans des milieux souhaitant progresser vers l’AVEC malgré l’absence de conditions optimales comme celles observées dans les quartiers urbains très denses, où la présence d’organisations communautaires leviers, comme L’Engrenage Saint-Roch, est généralement plus fréquente.

Dans les territoires à plus faible densité, les ressources sont souvent plus limitées et l’accès peut être plus difficile. Malgré cela, des municipalités et des organisations choisissent d’agir ensemble en mutualisant leurs efforts et leurs ressources. Elles renforcent ainsi leur capacité à soutenir une participation citoyenne inclusive, à mettre en place des dispositifs participatifs adaptés et à transformer leurs pratiques. Des expériences en témoignent : À Petit-Saguenay, un leadership politique rassembleur favorise le croisement des savoirs et des perspectives, s’appuie sur une vision coconstruite de la participation citoyenne - qui en reconnaît la diversité des formes-  et traduit un engagement durable des élu·e·s à inclure les personnes concernées dans les orientations, contribuant ainsi à rapprocher les logiques de la démocratie représentative et participative. À l’échelle régionale, dans le Bas-Saint-Laurent  (La Matanie, Les Basques et Rivière-du-Loup) une démarche de recherche-action participative a mobilisé une soixantaine d’acteur·rices pour expérimenter une gouvernance partagée et dégager des pratiques inspirantes, tout en mettant en lumière la distinction entre citoyen·ne·s premiers concernés et citoyen·ne·s engagé·e·s allié·e·s.

Tensions autour de la participation citoyenne en contexte intersectoriel

Le cœur de mon intervention a été d'aborder les tensions qui traversent les espaces intersectoriels, notamment autour des conceptions de la participation citoyenne et de la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale. L’approche intersectorielle du développement des communautés vise à favoriser l’agir ensemble entre des acteur·rices aux profils variés - issus des milieux scolaire, municipal, environnemental, économique et communautaire - ainsi qu’avec les citoyen·nes. Or, cette rencontre ne va pas de soi : elle génère inévitablement des frictions à accueillir et à traverser consciemment.

Nos espaces intersectoriels révèlent souvent des écarts significatifs dans les cadres de référence qui auront des effets sur les capacités d’inclusion: des compréhensions différentes des causes de la pauvreté et des solutions à privilégier; des logiques démocratiques distinctes - la démocratie représentative du monde municipal croisant la démocratie participative de l’action communautaire autonome; des approches d’intervention descendantes qui rencontrent des approches plus ascendantes; des cultures organisationnelles hiérarchiques qui composent avec des cultures plus horizontales; et, en filigrane, des visions divergentes de la participation citoyenne et de ses finalités. À cette complexité s’ajoute une dimension humaine déterminante : derrière les organisations, il y a des personnes avec leurs valeurs, leurs expériences, leurs résistances et des capacités variables pour favoriser l’inclusion. Des tensions apparaissent comme inhérentes à ces dynamiques. Lorsqu’elles sont reconnues, comprises et mises en dialogue, elles peuvent devenir des leviers de transformation soutenant le passage du JE au NOUS, plutôt que des obstacles infranchissables. C’est dans ces conditions que les visions peuvent évoluer.

Passer du JE au NOUS

Ce que j’ai cherché à mettre de l’avant dans mon intervention, c’est que l’approche AVEC peut constituer un ancrage structurant pour nos espaces intersectoriels engagés dans la lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale. Elle permet de travailler, plutôt que d’éviter, les tensions liées aux conceptions de la participation citoyenne et aux façons d’agir collectivement pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

En prenant appui sur les réalités vécues des personnes directement concernées, l’AVEC peut faciliter le passage du JE au NOUS. Elle aide à dépasser les perceptions polarisées, à construire des compréhensions plus fines des causes de la pauvreté, à enrichir les analyses collectives, et à faire émerger des solutions réellement partagées et structurantes, en considérant leurs effets dans la vie des premiers concernés. Elle invite aussi à revisiter les rapports de pouvoir, à reconnaître la valeur des savoirs expérientiels, à apprendre à se comprendre au-delà des préjugés et appréhensions et à créer des conditions plus équitables de dialogue et de décision.

Sans résoudre d’emblée ces tensions, l’AVEC ouvre un chemin : celui d’une transformation progressive de nos pratiques, où l’on apprend à faire ensemble autrement  de manière plus cohérente, plus inclusive et plus durable.

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